60 000 migrants
entrés à Ceuta : L’invasion migratoire de l’Espagne a-t-elle été organisée ?
Des dizaines de
milliers de personnes ont convergé presque simultanément vers l’enclave
espagnole de Ceuta sur la côte marocaine. Madrid accuse les passeurs, tandis
que le précédent de 2021 ramène le Maroc au centre des interrogations. Simple
emballement collectif ou mouvement organisé ?
mise à jour le
02/08/26
Soixante mille
passages en quelques heures ne ressemblent guère à une promenade improvisée
entre voisins.
Les images
paraissent irréelles. Des milliers de personnes contournent les digues, nagent
jusqu’aux plages ou franchissent la frontière séparant le Maroc de l’enclave
espagnole de Ceuta. En vingt-quatre heures, les autorités locales évoquent
environ 60 000 entrées, soit l’équivalent de 70 % de la population habituelle
de la ville.
La question est
désormais incontournable : un déplacement d’une telle ampleur peut-il être
spontané ?
VERITY France@verity_france
C’était organisé.
Les relations avec le Maroc doivent être coupées. Il s’agit d’un acte de guerre
au même titre que l’invasion de l’Ukraine.
https://x.com/verity_france/status/2083130952952254488
Une rumeur
suffisamment précise pour déplacer une foule
Plusieurs migrants
interrogés sur place affirment avoir entendu que « la frontière était ouverte
». L’information aurait circulé sur les réseaux sociaux après une décision du
Tribunal suprême espagnol.
Le jugement rendu le 8 juillet 2026 interdit
d’appliquer les refoulements immédiats aux migrants interceptés en haute mer
alors qu’ils tentent de rejoindre Ceuta ou Melilla à la nage.
La justice n’a donc
pas déclaré la frontière ouverte. Mais cette nuance juridique s’est
transformée, en quelques jours, en invitation au départ. Pedro Sánchez accuse
les réseaux de passeurs d’avoir déformé la décision et diffusé une fausse
promesse d’entrée garantie.
Autrement dit, même
le gouvernement espagnol reconnaît une forme d’organisation. Reste à déterminer
jusqu’où elle s’étend.
Les passeurs,
organisateurs officiels de la désorganisation
Faire converger des
dizaines de milliers de personnes vers quelques kilomètres de frontière demande
des relais, des messages, des points de rassemblement et une connaissance
précise du terrain. Les réseaux criminels savent parfaitement exploiter chaque
changement de loi, chaque rumeur et chaque faiblesse politique.
Pendant que les
institutions européennes rédigent des pactes, des procédures et des mécanismes
de solidarité, les passeurs disposent d’un système plus simple : un téléphone,
une promesse et un paiement.
Le résultat est
tragique. Au moins 34 personnes sont mortes, noyées ou écrasées
dans les mouvements de foule. Les organisateurs encaissent ; les migrants
prennent les risques ; les habitants de Ceuta héritent du chaos.
À lire aussi : Ceuta : les passeurs exploitent un arrêt espagnol, des milliers de
migrants franchissent la frontière
Le précédent
marocain de 2021
L’hypothèse d’une
instrumentalisation politique ne sort pas de nulle part. En mai 2021, le Maroc
avait relâché ses contrôles à la frontière. Environ 8 000 personnes avaient
alors rejoint Ceuta en deux jours, en pleine crise diplomatique avec Madrid
concernant le Sahara occidental.
Cette fois, aucune
preuve publique ne permet d’affirmer que Rabat a ordonné ou organisé les
départs, mais leur arrivée semble bien organisée selon la vidéo ci-dessous.
Pourquoi vous n’osez
pas parler du fait qu’il s’agit d’une opération de destabilisation fomentée par
le roi du Maroc et son allié Netanyahou contre l’Espagne ? Pourquoi y
contribuez-vous ?
https://x.com/anatolium/status/2083157363549200769
L’appel d’air
espagnol
Le gouvernement
Sánchez a parallèlement lancé une régularisation extraordinaire des étrangers déjà présents en
Espagne. Madrid assure que ce dispositif n’a aucun rapport avec
Ceuta. Sur le plan juridique, c’est exact : arriver aujourd’hui ne donne pas
automatiquement droit à la régularisation.
Sur le plan
politique, le message est moins subtil. Lorsqu’un gouvernement régularise
massivement, limite les refoulements et promet une intégration rapide, il ne
faut pas s’étonner que les réseaux présentent l’Espagne comme une porte
accessible.
Bruxelles, de son
côté, affirme que son nouveau pacte sur la migration et l’asile garantit
des frontières extérieures « fortes et sûres ». À Ceuta, la frontière a surtout
ressemblé à une formule administrative privée de traduction concrète.
Organisée, mais par
qui et pour quoi ?
Cette arrivée
massive n’a rien d’une addition miraculeuse de décisions individuelles. Les
passeurs ont organisé la circulation de l’information. Les choix de Madrid ont
entretenu l’espoir d’une installation.
Le précédent de 2021
rappelle enfin que la migration peut servir d’arme diplomatique. Un conflit de
longue date oppose le Maroc, qui considère le territoire comme le sien, au
Front Polisario, soutenu par l’Algérie, qui revendique l’indépendance de la
région. Washington a reconnu la souveraineté du Maroc sur le territoire en 2020
et a encouragé le secteur privé américain à y investir. Un projet de
production d’ammoniac financé par les États-Unis a été précédé par une
autoroute d’un milliard de dollars construite par le Maroc et baptisée… Donald
Trump.
Selon le président
du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, sa récente visite à Alger
constitue “un tournant” dans la relation entre les deux pays, l’un des
objectifs étant « d’intensifier les mécanismes de rapatriement » afin de
réduire la pression migratoire sur les îles Baléares. Le lendemain même, le
Maroc canalisait une marée humaine vers Ceuta et finalement vers… l’Espagne. Le
timing est parfait.
par Yoann
Lien de l’article et
vidéo :
Fin de l’article
C. Rosenzwitt-Makiewsky-Santri