Budget 2027 :
L’État coupe les
dépenses, sauf celles qui lui permettent de dormir tranquille
Il n'y a plus
d'argent. C'est du moins ce qu'on répète aux Français depuis des mois.
Retraites, aides sociales, dépenses publiques : chacun est prié de participer
au sauvetage des finances nationales. Mais à la DGSE, le discours est
sensiblement différent. Pour les services secrets, la Macronie a retrouvé le
code du coffre-fort.
Mise à jour le
08/10/26
Après avoir laissé
exploser la dette, le pouvoir trouve miraculeusement de l’argent pour renforcer
les services de renseignement.
Selon les chiffres
révélés début octobre, le budget de la Direction générale de la sécurité
extérieure devrait atteindre 1,44 milliard d’euros en 2027, soit une
hausse d’environ 20 %. Et le renseignement extérieur n’est pas seul à
profiter de cette générosité.
DGSE, DGSI, Tracfin
: pluie de millions sur les services de renseignement
Le 7 octobre 2026,
Intelligence Online confirmait une augmentation des moyens accordés à plusieurs
services français : la DGSE, la Direction du renseignement militaire (DRM), la
Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), Tracfin et
la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).
La veille de cette
publication, les chiffres faisaient déjà parler. La DGSE devrait disposer de
près de 300 postes supplémentaires, tandis que ses fonds spéciaux passeraient
de 66 à 99,5 millions d’euros. Son futur déménagement au fort de Vincennes, les
investissements numériques et les capacités opérationnelles expliquent une
partie de cette augmentation.
Sur le papier, rien
d’illégitime à renforcer les capacités de renseignement d’un pays confronté aux
menaces terroristes, aux cyberattaques ou à l’espionnage étranger. Mais le
calendrier budgétaire mérite qu’on s’y attarde.
Car, au même
moment, le budget 2027 prévoit environ 43 milliards d’euros de mesures de
redressement. Les pensions, certaines prestations et les dépenses
publiques sont concernées par les efforts envisagés.
À lire aussi : Lecornu veut économiser 54 milliards : retraites, APL,
fonctionnaires et arrêts maladie au programme
La Macronie
redoute-t-elle la colère populaire ?
C’est ici que les
priorités gouvernementales deviennent politiquement intéressantes. Après près
de dix années de pouvoir macroniste, la France croule sous une dette publique
gigantesque. Les contribuables sont appelés à faire des efforts
supplémentaires, tandis que la facture des intérêts devrait approcher 91 milliards d’euros en 2027.
Le bilan économique
est suffisamment préoccupant pour nourrir une question dérangeante : le pouvoir
renforce-t-il aussi ses moyens de renseignement parce qu’il redoute les
conséquences sociales de sa propre politique ?
La question n’a rien
de totalement farfelu au regard de certains précédents.
En 2021, La Quadrature du Net rapportait les inquiétudes exprimées par la
DGSI concernant les restrictions de surveillance, notamment pour le
suivi de personnes susceptibles de participer à des groupements violents. Les
Gilets jaunes étaient explicitement évoqués.
L’association
rappelait également qu’en 2019, le suivi des mouvements sociaux et des crises
de société figurait parmi les priorités du renseignement français. Autrement
dit, l’intérêt des services pour les mobilisations sociales ne date pas d’hier.
Et lorsque les difficultés économiques s’accumulent, cet aspect de leur
activité mérite une vigilance particulière.
À lire aussi : Loi renseignement : la surveillance de masse en roue libre
Moins d’argent pour
calmer les colères, davantage pour les anticiper ?
Les signaux de
mécontentement existent déjà. En septembre, pêcheurs, énergéticiens, soignants et plusieurs autres professions
multipliaient les mobilisations. Chaque secteur possède ses revendications,
mais tous se heurtent, directement ou indirectement, aux tensions économiques
et budgétaires.
La situation
présente donc une ironie assez savoureuse. Un gouvernement qui cherche des
économies auprès de la population augmente parallèlement les capacités de
services chargés, entre autres missions, d’anticiper les menaces et les crises.
Attention toutefois
à ne pas tout confondre : la DGSE travaille principalement à l’étranger, la DRM
au renseignement militaire et Tracfin aux circuits financiers suspects. Les
présenter comme des organismes exclusivement destinés à surveiller les
manifestants serait trompeur.
Mais une démocratie
doit pouvoir discuter des moyens accordés à ses services secrets, des missions
qu’ils remplissent et du contrôle exercé sur leurs activités. Surtout quand les
citoyens sont invités à compter chaque euro.
La Macronie peut
toujours défendre ces hausses au nom de la sécurité nationale. Reste une
interrogation politique autrement plus embarrassante : à force de
demander des sacrifices aux Français, le pouvoir ne risque-t-il pas de créer
lui-même les crises qu’il entend anticiper ?
Car il existe deux
façons de traiter la colère populaire : essayer de répondre à ses causes ou
perfectionner les moyens de la suivre. Le budget 2027 ne démontre pas que
l’Élysée a choisi la seconde. Mais il illustre une priorité incontestable :
pendant que beaucoup devront économiser, les services de renseignement auront
davantage de moyens.
Pour la Macronie, la
sécurité n’a décidément pas de prix. Le pouvoir d’achat, lui, a un plafond.
par Yoann
Fin de l’article.
C. Rosenzwitt-Makiewsky-Santri
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