samedi 24 janvier 2026

REPRESSION EN IRAN .......DES ARTISTES SE MOBILISENT.

"Je ne peux plus regarder les images" : un Franco-Iranien raconte la répression en Iran

 

Rentré à Paris il y a une semaine, Sina, franco-iranien, témoigne. Coupé de ses proches restés à Téhéran, il redoute de reconnaître un visage familier parmi les morts et les arrestations qui se multiplient. Il témoigne des manifestations, de la répression et du choc à son retour.

 

"Je suis très angoissé depuis mon retour à Paris", confie Sina, dont le prénom a été modifié pour des raisons de sécurité. "Je ne peux ni regarder les informations ni supporter les images en provenance d'Iran. Sur les réseaux sociaux, j'ai constamment peur de reconnaître le visage d'un ami dans une vidéo, dans un sac mortuaire, ou sur les pages de médias [qui tentent d'identifier les milliers de morts et de personnes arrêtées]."

 

Le Franco-iranien, né en Iran, se trouvait encore à Téhéran il y a une dizaine de jours. Il s'y était rendu pour ses projets personnels et pour visiter ses amis. Il est rentré à Paris le 12 janvier.

 

"C'est un cauchemar. Je suis très triste. Je me demande pourquoi je suis rentré", confie-t-il, "c'est pire ici, je n'ai pas de nouvelles de ma famille et de mes amis, je ne sais pas s'ils sont en sécurité. C'est effrayant".

 

Un moment de communion

 

À Téhéran, Sina a participé jeudi 8 janvier à l'une des plus grandes manifestations de l'histoire récente de son pays. Plusieurs observateurs s'accordent à dire que le nombre de manifestants exact est difficile à évaluer, mais que l'ampleur des rassemblements a été au moins égal aux protestations ayant suivies le "mouvement vert", après la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad en 2009.

 

Sina, lui, raconte un véritable moment de communion. À Youssef Abad, un quartier du nord de la capitale, il a marché aux côtés d'hommes, de familles, d'enfants, des femmes âgées, et "des femmes en tchador", souligne-t-il. "Je ne m'attendais pas à ce qu'autant de personnes descendent dans la rue".

 

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"Il y avait des slogans pour Reza Pahlavi [le fils de l'ancien Shah d'Iran], mais aussi des gens qui n'étaient pas là pour lui. On était tous ensemble, sans tensions", décrit-il. Jusqu'à ce que des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes soient balancés vers 22 h 30. "On entendait des explosions, c'était très impressionnant".

 

Sina préfère rentrer. Il marche un bon moment, avant d'enfourcher une moto-taxi pour rejoindre son domicile téhéranais dans un quartier plus calme. 

 

"J'ai eu l'impression de vivre en prison"

 

"Après samedi [10 janvier], je n'ai pas vu d'autres manifestations. Il y avait des policiers partout dans les rues", décrit-il. Toutefois, raconte Sina, les filles ont continué à sortir sans le voile. "Ça, s'est acté", se réjouit-il un peu.

 

Là-bas, plongé dans le black-out numérique, très peu d'informations filtraient, selon le Franco-iranien. "Moi je n'avais pas de satellite pour capter les chaînes étrangères qui donnent des nouvelles, je voyais seulement ce que diffusaient les médias officiels plein de propagande. Je n'avais aucune idée de ce qui s'était passé dans d'autres villes, ni de nouvelles des proches qui vivaient loin. J'ai eu l'impression de vivre en prison".

 

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"Je demandais ce qui s'était passé aux gens que je croisais", poursuit-il. "Par téléphone fixe, on ne disait rien, on évitait de partager les infos, on avait tous peur d'être sur écoute. Alors on se fixait rendez-vous, plutôt chez nous, pour pouvoir se réunir".

 

Un soir, Sina parvient à retrouver ses amis proches. "C'est là que j'ai appris que trois d'entre eux avaient été abattus. Deux femmes et un homme. Tous la trentaine. Mes amis étaient engagés politiquement, épris de liberté, et toujours optimistes."

 

Trois amis tués et plusieurs blessés

 

L'une des filles qui a été tuée, et dont Sina préfère taire le nom, par craintes de représailles contre sa famille, était de celles qui avaient ôté le voile bien avant le soulèvement "Femme vie liberté". "Elle était une résistante, une avant-gardiste" dit Sina, qui retrouve le sourire lorsqu'il évoque le courage de son amie.

 

Lors de cette soirée, Sina découvre aussi que ses amis sont blessés. Deux d'entre eux retroussent leurs pantalons et lui montrent plusieurs impacts de billes de plomb. Ils ont été ciblés par des fusils à pompe.

 

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Un troisième porte une cicatrice sur le nez. Il a reçu des projectiles en métal et n'ose plus sortir dans les rues de Téhéran par crainte d'être arrêté. "Les personnes portant des masques chirurgicaux éveillent la méfiance de la police, qui leur ordonne de les retirer. Mon ami est sorti avec en plus des lunettes de soleil. Heureusement, il a pu s'en servir pour dissimuler sa blessure lors d'un contrôle". Les blessures provoquées par des billes métalliques servent à marquer les manifestants, afin de pouvoir les identifier ultérieurement.

 

"Mes amis sont des artistes, des gens lumineux et optimistes. Ils ont même participé à la dernière élection présidentielle, où ils ont voté pour Pezeshkian. Moi aussi. Ces derniers temps on a beaucoup espéré, avec les filles qui sortaient sans le voile. Mais là, ils on a été extrêmement choqués par ce retour de bâton".

 

"Pourquoi je ne suis pas resté avec eux là-bas"

 

"Là-bas, rien qu'à Téhéran, chaque personne à qui je parlais connaissait quelqu'un tué les soirs du 8 et du 9 janvier", se désole Sina. Pourtant ça n'est qu'en rentrant en France, qu'il prend connaissance de l'ampleur inédite de la violence qui s'est abattue sur son pays, à travers les vidéos des corps alignés à Kahrizak, l'une des morgues de Téhérandébordée de cadavres après plusieurs jours de manifestations.

 

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Depuis qu'il est rentré et malgré le filtrage d'Internet par les autorités iraniennes, certains citoyens iraniens parviennent à faire sortir des vidéos du pays, profitant de brèves connexions, ou d'un accès Starlink.

 

Chaque nouvelle image est un choc supplémentaire. Jour après jour, de nouvelles vidéos viennent attester des tueries de masse.

 

"Je me suis levé en sursaut ce matin, confie Sina. J'ai rêvé que mes amis m'appelaient à l'aide et que je ne pouvais pas leur porter secours. J'étais enfermé dans une ruelle, dont on avait bloqué tous les accès. Je me suis réveillé et je me suis dit : 'Qu'est-ce que je fous là ? Pourquoi je ne suis pas resté avec eux là-bas'".

 

https://www.france24.com/fr/asie-pacifique/20260124-je-ne-peux-plus-regarder-les-images-un-franco-iranien-raconte-la-repression-en-iran-manifestations-teheran

 

Iran : Marion Cotillard, Camille Cottin, Juliette Binoche et 800 professionnels du cinéma condamnent la violente répression des manifestations

 

Les artistes se mobilisent pour dénoncer les crimes commis par les autorités iraniennes.

 

Par Valentine Servant-Ulgu

22 janvier 2026

 

« En tant que cinéastes, artistes et militants culturels dont la responsabilité est de documenter, de raconter et de préserver la mémoire historique, nous considérons que le silence est complice du crime. » Cette déclaration fait partie du texte publié par le magazine Deadline et signé par 800 professionnels du cinéma, parmi lesquels les stars françaises Camille Cottin, Marion Cotillard et Juliette Binoche mais aussi Judith Godrèche, Claire Simon, Ariane Labed, Dominik Moll et Florian Zeller. Tous dénoncent la violente répression des manifestations par le régime des mollahs, en Iran. À l'initiative des commerçants, d'importants soulèvements populaires se sont formés pour dénoncer une crise économique sans précédent, une insoutenable privation de liberté et la corruption des autorités. Depuis le 8 janvier, les preuves des sévices commis sur les civils se raréfient puisque les autorités ont coupé – puis considérablement limité – l'accès à Internet. Selon les informations communiquées par la télévision d'État iranienne, 3117 personnes ont été tuées entre le 28 décembre et la mi-janvier. Un chiffre inférieur à celui affiché par l’ONG Iran Human Rights, qui dénombre 3428 Iraniens tués par la brutale répression des rassemblements.

 

 

Face aux massacres, les artistes se mobilisent. « Nous, [signataires], avec colère, tristesse et un profond sentiment de responsabilité morale, condamnons avec la plus grande fermeté les crimes organisés commis par la République islamique d'Iran contre les civils qui manifestent. En réponse aux manifestations pacifiques et généralisées du peuple iranien contre la répression, la pauvreté, la discrimination et l'injustice structurelle, la République islamique a choisi de ne pas écouter la voix de son peuple, mais de riposter par des tirs à balles réelles, des massacres, des arrestations massives, des tortures, des disparitions forcées et une coupure nationale d'Internet. Selon des rapports indépendants et des sources fiables, plus de trois mille citoyens sans défense, dont des femmes, des adolescents et des enfants, ont été tués. »

 

Le communiqué poursuit : « La coupure délibérée d'Internet et la répression des médias constituent une tentative évidente de dissimuler ces crimes et d'empêcher la documentation de la vérité. Ces actions représentent une violation flagrante et systématique de tous les droits humains fondamentaux, y compris le droit à la vie, à la liberté, à la dignité humaine et à la sécurité, et constituent un cas évident de crimes contre l'humanité. […] Aucun pouvoir politique n'a le droit de massacrer son propre peuple afin de se protéger ou de faire taire la vérité. »

 

La tribune se termine avec un message adressé aux « institutions internationales indépendantes, [aux] festivals de cinéma et [aux] institutions culturelles et artistiques » : « La communauté mondiale des cinéastes et des artistes [les appelle] à condamner publiquement et concrètement ces crimes, à réévaluer et à reconsidérer leurs relations avec les institutions officielles de la République islamique, et à soutenir la lutte du peuple iranien pour la liberté, la dignité humaine et tous les droits humains inhérents et inaliénables ».

 

 

« Cette déclaration est écrite en solidarité avec les familles des personnes tuées, les prisonniers politiques et les peuples de Téhéran, du Kurdistan, du Baloutchistan et de l'Azerbaïdjan... qui, malgré une répression brutale, continuent de descendre dans la rue pour défendre un avenir libre de toute oppression et discrimination, et une vie humaine sans violence. »

 

https://www.vanityfair.fr/article/iran-marion-cotillard-camille-cottin-juliette-binoche-cinema-condamnent-repression?utm_source=firefox-newtab-fr-fr

 

Fin du partage.

 

C. Rosenzwitt-Makiewsky-Santri

 

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