Après la polémique
sur l'éviction du rappeur Macklemore de sa tournée, Ed Sheeran dénonce une
situation « injustifiable » à Gaza
Le chanteur
britannique Ed Sheeran a assuré que la situation à Gaza était « injustifiable »
et a reconnu « des erreurs », le samedi 19 septembre 2026, à Philadelphie. Il
s’agissait de son premier concert depuis la polémique sur l'éviction de sa
tournée du rappeur Macklemore, qui avait tenu des propos pro-palestiniens.
Publié le :
20/09/2026
Le chanteur Ed
Sheeran s'exprime sur scène au sujet de la polémique liée au retrait de
Macklemore de la tournée après que celui-ci a crié « Free Palestine » lors d'un
concert au début du mois, à Philadelphie, en Pennsylvanie (États-Unis), le 19
septembre 2026, comme le montre cette capture d'écran tirée d'une vidéo. © Ed
Sheeran via Instagram / via Reuters
Ed Sheeran a
finalement brisé le silence, samedi 19 septembre au soir, lors de son concert à
Philadelphie. « Ce qui se passe à Gaza est catastrophique,
injustifiable et disproportionné », a-t-il déclaré à l'ouverture de
son show au Lincoln Financial Field. « Nos cœurs sont brisés face à
l'ampleur de la dévastation et des morts de civils et d'enfants, et l'injustice
systémique à laquelle nous assistons en Cisjordanie [occupée par
Israël depuis 1967 – NDLR] ne peut être ignorée. » Le chanteur
britannique n’a pas désigné explicitement Israël comme responsable.
Ed Sheeran a aussi
dénoncé les attaques « atroces » menées par le mouvement
islamique Hamas le 7 octobre 2023, qui ont provoqué la guerre à Gaza. Il est
accusé de ne pas avoir défendu le rappeur américain Macklemore, qui assurait sa
première partie, et d'avoir manqué de courage pour dénoncer le sort des
Palestiniens. Le chanteur de 35 ans a été lâché par les autres artistes
participant à sa tournée, dont le chanteur Finneas, frère et auteur pour la
star Billie Eilish.
Macklemore, un soutien
de la cause palestinienne
Soutien de longue
date de la cause palestinienne, Macklemore avait annoncé, lundi 14 septembre,
sur Instagram, avoir été écarté de la tournée d'Ed Sheeran. Une exclusion qu'il
attribue à ses propos pro-palestiniens lors de précédents concerts.
L'interprète du
titre « Can't Hold Us » avait lancé le slogan « Libérez la Palestine »
lors de deux concerts début septembre au MetLife Stadium, près de New York. Il
avait par ailleurs assuré aux Palestiniens de la bande de Gaza et de Cisjordanie
qu'ils n'étaient « pas oubliés ». Ces propos ont fait
polémique aux États-Unis et engendré des accusations d'antisémitisme envers
Macklemore, de son vrai nom Benjamin Haggerty. Des appels sur les réseaux
sociaux à le bannir de la tournée ont notamment été relayés par la chanteuse
Pink.
Macklemore qualifie
régulièrement l’offensive menée par Israël à Gaza, en représailles à l’attaque
du Hamas le 7 octobre 2023, de « génocide ». En 2024, il a
sorti « Hind’s Hall »,
un morceau en hommage à Hind Rajab, une fillette palestinienne de cinq ans dont
la mort a suscité une vague d’indignation internationale.
À lire aussi Des artistes quittent la tournée du
chanteur Ed Sheeran contre l'éviction du rappeur propalestinien Macklemore
« Je commets des erreurs », admet
Ed Sheeran
Face à la polémique,
Ed Sheeran avait maintenu cette semaine ne pas vouloir « faire de
son métier une plateforme politique », tandis qu’un nombre croissant
d'artistes prennent pourtant la parole sur le conflit à Gaza entre Israël et le
Hamas et son lourd bilan côté palestinien, déplorant plus de 73 000 morts et
174 000 blessés. « J'ai dû prendre des décisions difficiles, je commets
des erreurs et j'en suis vraiment, vraiment désolé », a reconnu Ed
Sheeran, acclamé par son public. Il a affirmé avoir passé la semaine la « plus
dure de (sa) vie ».
L'auteur du tube
planétaire « Shape of You », qui est aussi l’un des artistes les plus
streamés au monde, a débuté son concert seul. Il a plus tard été rejoint par
cinq musiciens qui ont appris, dit-il, ses chansons en trois jours, alors que
« personne ne (souhaitait) monter sur scène avec moi ».
Plusieurs fans de
l'artiste britannique interrogés par l'AFP à Philadelphie ont confié avoir
hésité à venir en raison de la polémique. D'autres ont dit avoir revu leur
programme. Des dizaines de manifestants se sont regroupés pacifiquement en
amont du spectacle à proximité du Lincoln Financial Field. Certains agitaient
des drapeaux palestiniens et entonnaient « Libérez la Palestine ».
Des manifestants
pro-Palestiniens brandissent des pancartes avant le concert d'Ed Sheeran au
Lincoln Financial Field de Philadelphie, le 19 septembre 2026. AP Photo/Allie
Ippolito - Allie Ippolito
Robert Kenneth
Kraft, le milliardaire au cœur de la polémique
Dans cette affaire,
Ed Sheeran a été critiqué pour ne pas avoir tenu tête aux propriétaires de
stades dans lesquels il doit se produire. À leur tête, l'homme d'affaires
Robert Kraft, détenteur du Gillette Stadium, près de Boston, où Ed Sheeran se
produira en fin de semaine prochaine. Robert Kenneth Kraft, alias
« RKK », milliardaire de 85 ans, est le propriétaire de l’équipe de
football américain des New England Patriots et du club de foot des New England
Revolution, qui évolue en Major League Soccer (MLS).
L’homme d’affaires,
issu d’une famille juive orthodoxe, a reconnu avoir fait pression sur Ed
Sheeran pour le retrait de Macklemore. Il est à la tête d’une
fortune de 15,2 milliards de dollars selon le magazine Forbes et
reste très attaché à Israël ; il a reçu en 2019 le prix Genesis, le
« prix Nobel de la paix » juif. Démocrate dans le milieu du football
américain plutôt conservateur, cette grande figure des sports américains a
donné une partie de sa fortune à des œuvres caritatives.
Mais cette image a
été écornée au fil du temps par plusieurs épisodes. En 2005, il a fait cadeau – bon gré, mal gré – de sa troisième
bague de champion NFL à Vladimir Poutine lors d’un voyage d’affaires en Russie.
Sa collaboration avec un avocat de Jeffrey Epstein ou encore son amitié avec
Donald Trump ont aussi été pointées du doigt. Il a fait partie avec son groupe
des financeurs de la première cérémonie d'investiture du président américain.
En 2019, le milliardaire était au cœur d'une affaire de prostitution dans un
spa floridien.
Celui que la presse
américaine appelle simplement le « propriétaire des Patriots »
avait fait jouer Ed Sheeran et Elton John, en 2022, lors de son remariage. Dans
un communiqué publié sur les réseaux sociaux, il a expliqué que le chanteur
britannique l’avait enjoint à faire un don de deux millions de dollars pour
soutenir l’aide humanitaire dans la région.
« J’ai dédié une grande partie de ma vie à
bâtir des ponts entre les peuples. Je crois profondément que chaque vie mérite
d’être protégée », a déclaré le milliardaire.
Dans son communiqué
paru sur Instagram, Macklemore avait annoncé faire don du million empoché lors
du « Loop tour » d'Ed Sheeran pour soutenir « six organisations qui
travaillent directement avec le peuple palestinien » et invité le
milliardaire américain à faire de même.
Autre article :
Après avoir écarté
Macklemore de sa tournée, Ed Sheeran s’excuse et parle finalement de Gaza
Quelques jours après
avoir défendu sa volonté de tenir la politique à distance de ses concerts, Ed
Sheeran a finalement pris la parole sur Gaza à Philadelphie. Entre l’éviction
de Macklemore, le départ de plusieurs artistes de sa tournée et les
manifestations devant le stade, la neutralité revendiquée par la star
britannique a sérieusement perdu de son confort.
Mise à jour le
20/09/26
La neutralité d’Ed
Sheeran aura finalement survécu moins longtemps que la liste des artistes
encore présents sur sa tournée.
Ed Sheeran découvre
finalement que Gaza existe aussi sur scène
Samedi 19 septembre,
au Lincoln Financial Field de Philadelphie, Ed Sheeran n’a pas commencé son
concert par une chanson, mais par Gaza. « Ce qui se passe à Gaza est
catastrophique, injustifiable et disproportionné », a déclaré le chanteur
britannique, ajoutant avoir le cœur brisé par les morts de civils et d’enfants.
Il a également évoqué la situation en Cisjordanie et reconnu avoir dû prendre
des décisions difficiles : « Je commets des erreurs et j’en suis vraiment,
vraiment désolé. » Une déclaration particulièrement remarquée puisqu’elle
intervient quelques jours seulement après la polémique provoquée par l’éviction de Macklemore de la tournée américaine.
L’ironie est assez
difficile à manquer. Ed Sheeran expliquait encore vouloir préserver ses
concerts de la politique et refusait de devenir un « musicien militant ». Puis
Macklemore a été écarté après avoir lancé « Free Palestine » sur scène,
plusieurs propriétaires de stades ayant prévenu le promoteur qu’ils
n’accepteraient pas sa présence. Sheeran assure que la décision ne venait pas
de lui et qu’il avait tenté de trouver un compromis. Quelques jours plus tard,
le chanteur qui voulait donc soigneusement séparer la musique du conflit
israélo-palestinien ouvrait lui-même son concert par une déclaration sur Gaza. L’apolitisme
avait visiblement une date de péremption assez courte.
Macklemore dehors,
les autres artistes prennent la porte
Le retrait de
Macklemore devait régler le problème. Il en a surtout créé un nouveau. Aaron
Rowe, Beoga, Lukas Graham et Finneas ont annoncé leur départ de différentes
dates de la tournée en solidarité avec le rappeur américain. Ed Sheeran s’est
ainsi retrouvé à Philadelphie sans première partie et avec une formation
recomposée en quelques jours. Ce n’est pas exactement le scénario rêvé pour une
tournée de stades censée dérouler tranquillement sa mécanique promotionnelle.
La contestation
était bien réelle. Des manifestants propalestiniens se sont rassemblés aux
abords du Lincoln Financial Field et certains spectateurs ont expliqué avoir
renoncé à assister au concert. Le changement le plus visible est ailleurs :
parler de Gaza peut toujours coûter une place sur une tournée, comme Macklemore
vient de l’apprendre, mais éviter soigneusement le sujet peut désormais
provoquer lui aussi départs, protestations et pression publique.
À lire aussi : Après « Free Palestine », Macklemore disparaît de l’affiche d’Ed
Sheeran et quatre artistes claquent la porte de la tournée
Macklemore n’a pas
découvert la Palestine en septembre 2026
La position du
rappeur n’avait pourtant rien d’une surprise. Dès 2024, Macklemore avait publié « Hind’s Hall » en soutien aux Palestiniens,
annonçant que les recettes du titre seraient reversées à l’UNRWA. Il y critiquait
déjà frontalement le gouvernement américain et le silence d’une partie de
l’industrie musicale. Le programmer en 2026 puis découvrir avec stupeur qu’il
pourrait parler de Gaza revenait donc un peu à engager un pompier et s’étonner
ensuite de le voir arriver avec un tuyau.
L’affaire dépasse
d’ailleurs largement le cas de Macklemore. Ces dernières années, Gaza s’est
imposée dans les festivals, les cérémonies, le cinéma et la musique. En
2025, plus de 2 500 professionnels du cinéma avaient annoncé boycotter
certaines institutions israéliennes. La même fracture a ensuite
traversé l’Eurovision et d’autres événements culturels.
Derrière la bataille
d’image, Gaza reste en ruines
La polémique autour
d’Ed Sheeran ne doit pas faire oublier ce dont il est question. En septembre
2025, la Commission internationale indépendante d’enquête de l’ONU a
conclu qu’Israël avait commis un génocide à Gaza. Le gouvernement
israélien rejette cette qualification, et la Cour internationale de Justice n’a
pas encore rendu sa décision définitive sur le fond de l’affaire engagée par
l’Afrique du Sud.
Depuis le 7 octobre
2023, le ministère de la Santé de Gaza fait état de plus de 73 800 Palestiniens
tués et de près de 175 000 blessés, tandis qu’un nombre indéterminé de victimes
reste encore sous les décombres. Gaza a été ravagée par près de trois années de
guerre, avec des quartiers entiers détruits, une population massivement
déplacée et des infrastructures essentielles anéanties ou gravement
endommagées.
À lire aussi : Derrière le miroir de la trêve, le génocide par la famine se
poursuit à Gaza
La neutralité,
jusqu’au moment où elle devient encombrante
Ed Sheeran n’a pas
soudainement annoncé qu’il partageait toutes les positions de Macklemore. Il
continue de défendre l’idée que ses concerts doivent pouvoir rassembler des
gens aux opinions différentes et affirme ne pas avoir décidé lui-même du
retrait du rappeur. Mais la séquence restera difficile à oublier : Macklemore
parle de Palestine, il est écarté ; plusieurs artistes quittent ensuite la
tournée ; des manifestants apparaissent devant le stade ; puis Ed Sheeran monte
sur scène et reconnaît ses « erreurs » avant de qualifier la situation à Gaza
d’injustifiable.
Il voulait éviter que
son métier devienne une plateforme politique. Il aura finalement fallu toute
une crise autour de sa tournée pour qu’il prononce lui-même les mots qu’il ne
souhaitait pas prononcer quelques jours plus tôt. La musique n’avait peut-être
pas changé. Le rapport de force autour d’elle, manifestement, si.
Fin des articles.
C. Rosenzwitt-Makiewsky-Santri
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