mardi 22 septembre 2026

ED SHEERAN : SITUATION 'INJUSTIFIABLE' A GAZA

 

Après la polémique sur l'éviction du rappeur Macklemore de sa tournée, Ed Sheeran dénonce une situation « injustifiable » à Gaza

 

Le chanteur britannique Ed Sheeran a assuré que la situation à Gaza était « injustifiable » et a reconnu « des erreurs », le samedi 19 septembre 2026, à Philadelphie. Il s’agissait de son premier concert depuis la polémique sur l'éviction de sa tournée du rappeur Macklemore, qui avait tenu des propos pro-palestiniens.

 

Publié le : 20/09/2026

 

Le chanteur Ed Sheeran s'exprime sur scène au sujet de la polémique liée au retrait de Macklemore de la tournée après que celui-ci a crié « Free Palestine » lors d'un concert au début du mois, à Philadelphie, en Pennsylvanie (États-Unis), le 19 septembre 2026, comme le montre cette capture d'écran tirée d'une vidéo. © Ed Sheeran via Instagram / via Reuters

 

Ed Sheeran a finalement brisé le silence, samedi 19 septembre au soir, lors de son concert à Philadelphie. « Ce qui se passe à Gaza est catastrophique, injustifiable et disproportionné », a-t-il déclaré à l'ouverture de son show au Lincoln Financial Field. « Nos cœurs sont brisés face à l'ampleur de la dévastation et des morts de civils et d'enfants, et l'injustice systémique à laquelle nous assistons en Cisjordanie [occupée par Israël depuis 1967 – NDLR] ne peut être ignorée. » Le chanteur britannique n’a pas désigné explicitement Israël comme responsable.

 

Ed Sheeran a aussi dénoncé les attaques « atroces » menées par le mouvement islamique Hamas le 7 octobre 2023, qui ont provoqué la guerre à Gaza. Il est accusé de ne pas avoir défendu le rappeur américain Macklemore, qui assurait sa première partie, et d'avoir manqué de courage pour dénoncer le sort des Palestiniens. Le chanteur de 35 ans a été lâché par les autres artistes participant à sa tournée, dont le chanteur Finneas, frère et auteur pour la star Billie Eilish.

 

Macklemore, un soutien de la cause palestinienne

 

Soutien de longue date de la cause palestinienne, Macklemore avait annoncé, lundi 14 septembre, sur Instagram, avoir été écarté de la tournée d'Ed Sheeran. Une exclusion qu'il attribue à ses propos pro-palestiniens lors de précédents concerts.

 

L'interprète du titre « Can't Hold Us » avait lancé le slogan « Libérez la Palestine » lors de deux concerts début septembre au MetLife Stadium, près de New York. Il avait par ailleurs assuré aux Palestiniens de la bande de Gaza et de Cisjordanie qu'ils n'étaient « pas oubliés ». Ces propos ont fait polémique aux États-Unis et engendré des accusations d'antisémitisme envers Macklemore, de son vrai nom Benjamin Haggerty. Des appels sur les réseaux sociaux à le bannir de la tournée ont notamment été relayés par la chanteuse Pink.

 

Macklemore qualifie régulièrement l’offensive menée par Israël à Gaza, en représailles à l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, de « génocide ». En 2024, il a sorti « Hind’s Hall », un morceau en hommage à Hind Rajab, une fillette palestinienne de cinq ans dont la mort a suscité une vague d’indignation internationale.

 

À lire aussi Des artistes quittent la tournée du chanteur Ed Sheeran contre l'éviction du rappeur propalestinien Macklemore

 

« Je commets des erreurs », admet Ed Sheeran

 

Face à la polémique, Ed Sheeran avait maintenu cette semaine ne pas vouloir « faire de son métier une plateforme politique », tandis qu’un nombre croissant d'artistes prennent pourtant la parole sur le conflit à Gaza entre Israël et le Hamas et son lourd bilan côté palestinien, déplorant plus de 73 000 morts et 174 000 blessés. « J'ai dû prendre des décisions difficiles, je commets des erreurs et j'en suis vraiment, vraiment désolé », a reconnu Ed Sheeran, acclamé par son public. Il a affirmé avoir passé la semaine la « plus dure de (sa) vie ».

 

L'auteur du tube planétaire « Shape of You », qui est aussi l’un des artistes les plus streamés au monde, a débuté son concert seul. Il a plus tard été rejoint par cinq musiciens qui ont appris, dit-il, ses chansons en trois jours, alors que « personne ne (souhaitait) monter sur scène avec moi ».

 

Plusieurs fans de l'artiste britannique interrogés par l'AFP à Philadelphie ont confié avoir hésité à venir en raison de la polémique. D'autres ont dit avoir revu leur programme. Des dizaines de manifestants se sont regroupés pacifiquement en amont du spectacle à proximité du Lincoln Financial Field. Certains agitaient des drapeaux palestiniens et entonnaient « Libérez la Palestine ».

 

Des manifestants pro-Palestiniens brandissent des pancartes avant le concert d'Ed Sheeran au Lincoln Financial Field de Philadelphie, le 19 septembre 2026. AP Photo/Allie Ippolito - Allie Ippolito

 

Robert Kenneth Kraft, le milliardaire au cœur de la polémique

 

Dans cette affaire, Ed Sheeran a été critiqué pour ne pas avoir tenu tête aux propriétaires de stades dans lesquels il doit se produire. À leur tête, l'homme d'affaires Robert Kraft, détenteur du Gillette Stadium, près de Boston, où Ed Sheeran se produira en fin de semaine prochaine. Robert Kenneth Kraft, alias « RKK », milliardaire de 85 ans, est le propriétaire de l’équipe de football américain des New England Patriots et du club de foot des New England Revolution, qui évolue en Major League Soccer (MLS).

 

L’homme d’affaires, issu d’une famille juive orthodoxe, a reconnu avoir fait pression sur Ed Sheeran pour le retrait de Macklemore. Il est à la tête d’une fortune de 15,2 milliards de dollars selon le magazine Forbes et reste très attaché à Israël ; il a reçu en 2019 le prix Genesis, le « prix Nobel de la paix » juif. Démocrate dans le milieu du football américain plutôt conservateur, cette grande figure des sports américains a donné une partie de sa fortune à des œuvres caritatives.

 

Mais cette image a été écornée au fil du temps par plusieurs épisodes. En 2005, il a fait cadeau – bon gré, mal gré – de sa troisième bague de champion NFL à Vladimir Poutine lors d’un voyage d’affaires en Russie. Sa collaboration avec un avocat de Jeffrey Epstein ou encore son amitié avec Donald Trump ont aussi été pointées du doigt. Il a fait partie avec son groupe des financeurs de la première cérémonie d'investiture du président américain. En 2019, le milliardaire était au cœur d'une affaire de prostitution dans un spa floridien.

 

Celui que la presse américaine appelle simplement le « propriétaire des Patriots » avait fait jouer Ed Sheeran et Elton John, en 2022, lors de son remariage. Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, il a expliqué que le chanteur britannique l’avait enjoint à faire un don de deux millions de dollars pour soutenir l’aide humanitaire dans la région.

 

« J’ai dédié une grande partie de ma vie à bâtir des ponts entre les peuples. Je crois profondément que chaque vie mérite d’être protégée », a déclaré le milliardaire.

 

Dans son communiqué paru sur Instagram, Macklemore avait annoncé faire don du million empoché lors du « Loop tour » d'Ed Sheeran pour soutenir « six organisations qui travaillent directement avec le peuple palestinien » et invité le milliardaire américain à faire de même.

 

https://www.rfi.fr/fr/moyen-orient/20260920-apr%C3%A8s-la-pol%C3%A9mique-sur-l-%C3%A9viction-du-rappeur-macklemore-de-sa-tourn%C3%A9e-ed-sheeran-d%C3%A9nonce-une-situation-injustifiable-%C3%A0-gaza

 

Autre article :

 

Après avoir écarté Macklemore de sa tournée, Ed Sheeran s’excuse et parle finalement de Gaza

 

Quelques jours après avoir défendu sa volonté de tenir la politique à distance de ses concerts, Ed Sheeran a finalement pris la parole sur Gaza à Philadelphie. Entre l’éviction de Macklemore, le départ de plusieurs artistes de sa tournée et les manifestations devant le stade, la neutralité revendiquée par la star britannique a sérieusement perdu de son confort.

 

Mise à jour le 20/09/26

 

La neutralité d’Ed Sheeran aura finalement survécu moins longtemps que la liste des artistes encore présents sur sa tournée.

 

Ed Sheeran découvre finalement que Gaza existe aussi sur scène

 

Samedi 19 septembre, au Lincoln Financial Field de Philadelphie, Ed Sheeran n’a pas commencé son concert par une chanson, mais par Gaza. « Ce qui se passe à Gaza est catastrophique, injustifiable et disproportionné », a déclaré le chanteur britannique, ajoutant avoir le cœur brisé par les morts de civils et d’enfants. Il a également évoqué la situation en Cisjordanie et reconnu avoir dû prendre des décisions difficiles : « Je commets des erreurs et j’en suis vraiment, vraiment désolé. » Une déclaration particulièrement remarquée puisqu’elle intervient quelques jours seulement après la polémique provoquée par l’éviction de Macklemore de la tournée américaine.

 

L’ironie est assez difficile à manquer. Ed Sheeran expliquait encore vouloir préserver ses concerts de la politique et refusait de devenir un « musicien militant ». Puis Macklemore a été écarté après avoir lancé « Free Palestine » sur scène, plusieurs propriétaires de stades ayant prévenu le promoteur qu’ils n’accepteraient pas sa présence. Sheeran assure que la décision ne venait pas de lui et qu’il avait tenté de trouver un compromis. Quelques jours plus tard, le chanteur qui voulait donc soigneusement séparer la musique du conflit israélo-palestinien ouvrait lui-même son concert par une déclaration sur Gaza. L’apolitisme avait visiblement une date de péremption assez courte.

 

Macklemore dehors, les autres artistes prennent la porte

 

Le retrait de Macklemore devait régler le problème. Il en a surtout créé un nouveau. Aaron Rowe, Beoga, Lukas Graham et Finneas ont annoncé leur départ de différentes dates de la tournée en solidarité avec le rappeur américain. Ed Sheeran s’est ainsi retrouvé à Philadelphie sans première partie et avec une formation recomposée en quelques jours. Ce n’est pas exactement le scénario rêvé pour une tournée de stades censée dérouler tranquillement sa mécanique promotionnelle.

 

La contestation était bien réelle. Des manifestants propalestiniens se sont rassemblés aux abords du Lincoln Financial Field et certains spectateurs ont expliqué avoir renoncé à assister au concert. Le changement le plus visible est ailleurs : parler de Gaza peut toujours coûter une place sur une tournée, comme Macklemore vient de l’apprendre, mais éviter soigneusement le sujet peut désormais provoquer lui aussi départs, protestations et pression publique.

 

À lire aussi : Après « Free Palestine », Macklemore disparaît de l’affiche d’Ed Sheeran et quatre artistes claquent la porte de la tournée

 

Macklemore n’a pas découvert la Palestine en septembre 2026

 

La position du rappeur n’avait pourtant rien d’une surprise. Dès 2024, Macklemore avait publié « Hind’s Hall » en soutien aux Palestiniens, annonçant que les recettes du titre seraient reversées à l’UNRWA. Il y critiquait déjà frontalement le gouvernement américain et le silence d’une partie de l’industrie musicale. Le programmer en 2026 puis découvrir avec stupeur qu’il pourrait parler de Gaza revenait donc un peu à engager un pompier et s’étonner ensuite de le voir arriver avec un tuyau.

 

L’affaire dépasse d’ailleurs largement le cas de Macklemore. Ces dernières années, Gaza s’est imposée dans les festivals, les cérémonies, le cinéma et la musique. En 2025, plus de 2 500 professionnels du cinéma avaient annoncé boycotter certaines institutions israéliennes. La même fracture a ensuite traversé l’Eurovision et d’autres événements culturels.

 

Derrière la bataille d’image, Gaza reste en ruines

 

La polémique autour d’Ed Sheeran ne doit pas faire oublier ce dont il est question. En septembre 2025, la Commission internationale indépendante d’enquête de l’ONU a conclu qu’Israël avait commis un génocide à Gaza. Le gouvernement israélien rejette cette qualification, et la Cour internationale de Justice n’a pas encore rendu sa décision définitive sur le fond de l’affaire engagée par l’Afrique du Sud.

 

Depuis le 7 octobre 2023, le ministère de la Santé de Gaza fait état de plus de 73 800 Palestiniens tués et de près de 175 000 blessés, tandis qu’un nombre indéterminé de victimes reste encore sous les décombres. Gaza a été ravagée par près de trois années de guerre, avec des quartiers entiers détruits, une population massivement déplacée et des infrastructures essentielles anéanties ou gravement endommagées.

 

À lire aussi : Derrière le miroir de la trêve, le génocide par la famine se poursuit à Gaza

 

La neutralité, jusqu’au moment où elle devient encombrante

 

Ed Sheeran n’a pas soudainement annoncé qu’il partageait toutes les positions de Macklemore. Il continue de défendre l’idée que ses concerts doivent pouvoir rassembler des gens aux opinions différentes et affirme ne pas avoir décidé lui-même du retrait du rappeur. Mais la séquence restera difficile à oublier : Macklemore parle de Palestine, il est écarté ; plusieurs artistes quittent ensuite la tournée ; des manifestants apparaissent devant le stade ; puis Ed Sheeran monte sur scène et reconnaît ses « erreurs » avant de qualifier la situation à Gaza d’injustifiable.

 

Il voulait éviter que son métier devienne une plateforme politique. Il aura finalement fallu toute une crise autour de sa tournée pour qu’il prononce lui-même les mots qu’il ne souhaitait pas prononcer quelques jours plus tôt. La musique n’avait peut-être pas changé. Le rapport de force autour d’elle, manifestement, si.

 

par Le Média en 4-4-2

 

https://lemediaen442.fr/apres-avoir-ecarte-macklemore-de-sa-tournee-ed-sheeran-sexcuse-et-parle-finalement-de-gaza/


Fin des articles.

 

 

C. Rosenzwitt-Makiewsky-Santri

  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire